• Economie et énergie (1) Un article de Michel Tardieu

    En rangeant mes papiers, j'ai retrouvé un courrier envoyé en avril 1991 à la rédaction du "Nouvel Economiste", en réaction à un éditorial de Michel Tardieu qui s'en prenait à l'heure d'été et, au-delà, au "mythe" de la rareté du pétrole.

    A mon avis, cet échange est toujours d'actualité, même si on peut espérer qu'à la lumière des évènements depuis plus de 20 ans le brillant économiste  ait modifié son point de vue...

    Voici cet article, qui sera suivi de ma réponse, puis de sa réaction.

     

    "Viscosité"  par Michel Tardieu     (Le Nouvel Economiste - 5 avril 1991) 

    Le changement d'heure est un triomphe de l'entêtement administratif.

    Peu avant le début de l'offensive terrestre contre les troupes irakiennes, on entendait encore dire dans certains cabinets ministériels que les cours allaient flamber. Or, ils ont chuté avec les premiers mouvements des chars alliés.Depuis la guerre du Kippour, les services spécialisés de l'administration française se sont très souvent trompés dans leurs prévisions pétrolières et la manière de faire face aux périodes de crise.

    L'addition de ces erreurs ne change rien à la détermination d'une poignée de hauts fonctionnaires. Ils s'accrochent depuis vingt ans aux travaux du Club de Rome. Contre les démonstrations faites successivement par l'Iran et l'Irak, ils continuent à soutenir que le pétrole est une denrée rare. Héritiers de l'économie administrée chère aux générations qui les ont précédés dans les palais nationaux, ils se plaisent à penser que nous sommes, dès maintenant, menacés de tarissement des puits. Cette idée les remplit d'importance. Elle justifie qu'ils menacent régulièrement les automobilistes et les détenteurs de chauffage central de mesures draconiennes.

    Au nom de cette pénurie mythique, ils se font les alliés objectifs de tous les pays et les lobbies qui préconisent la hausse des prix. Pétroliers, fabricants de chaudières nucléaires, marchands d'armes purent, tour à tour, compter sur leur soutien. Leur triomphe : la thèse absurde du recyclage. Elle consiste à s'accommoder du renchérissement du brut sous prétexte qu'il permettrait aux pays producteurs d'importer davantage. La France devant reprendre à l'exportation ce qu'elle perd à l'importation. Le bon sens populaire sait qu'il vaut mieux tenir que courir. Pas certains esprits brillants de la haute fonction publique. Les longues ardoises que nous ont laissées Téhéran et Bagdad ne les ont pas calmés. Ils refusent, avec le même entêtement, un autre raisonnement simple. Celui que le président George Bush lui-même adopte désormais : l'énergie bon marché est favorable à l'activité industrielle et à l'emploi.

    La défection actuelle des Etats-Unis affaiblit évidemment le camp des partisans du pétrole cher. Mais en France, l'administration ne fait pas si facilement retraite. L'organe y survit à la fonction. Les bureaux créés pour l'indemnisation des victimes des inondations de 1910 survivaient cinquante ans après que la Seine fut rentrée dans son lit. L'Agence Française pour la Maîtrise de l'Energie, comme ses dépenses de 380 millions de francs ont encore de beaux jours devant elles.

    On continuera donc de sacrifier deux fois par an sur l'autel de ces vestales des basses températures. Une hécatombe ! Elles exigent, contre l'avis des pédiatres et des gérontologues, un peu du sommeil de tous ceux qui ont besoin  de rythmes réguliers. Elles ne dédaignent pas que les voyageurs internationaux prennent pour elles quelques risques supplémentaires. A la merci d'un aiguilleur du ciel ou d'un garde-barrière étourdis. Elles se régalent des tonnes d'horaires de compagnies de transport mis au pilon en leur honneur. Elles prennent pour un hommage les milliers d'heures de travail perdues pour remettre à l'heure les pendules et, pour les entreprises, les systèmes informatiques. Elles regrettent en revanche, que leur culte reste limité à la campagne, où les animaux ne connaissent que le cycle du soleil.

    En échange de nos dévotions, les experts en publicité coûteuse pour les économies nous annoncent que nous gagnons environ 250000 tonnes d'équivalent pétrole. Un chiffre que personne ne peut sérieusement vérifier, mais qui représente en valeur 10% des importations françaises de vin. A croire qu'il y aurait aujourd'hui en France un franc vineux sans consistance et un franc visqueux d'une autre densité. On marche sur la tête. Autre comparaison : l'économie réalisée dépasse légèrement la moitié du budget de l'Agence Française pour la Maîtrise de l'Energie.

    Qui dira enfin à ces empêcheurs de sonner à l'heure qu'il faut laisser le temps au temps ?

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