• "Une relation dangereuse" roman de Douglas Kennedy

     J’ai fini hier soir ce bouquin commencé avant-hier, j’ai eu du mal à ne pas le lire d’une seule traite, car le suspense psychologique y est très bien mené.

    C’est une histoire extrêmement banale qui constitue la trame de l’histoire : deux journalistes célibataires se rencontrent au cours d’un reportage, ils se plaisent, ils couchent ensemble, elle tombe enceinte, ils se marient et vont s’installer à Londres, elle a une grossesse difficile, il ne l’aide pas beaucoup, elle fait une dépression postnatale après une césarienne, il la quitte pour une autre femme en « emportant » le bébé avec lui, il la fait déclarer inapte à élever son enfant, il lui fait encore plein de misères, puis elle sort enfin de sa dépression et se bat avec l’aide de deux ou trois personnes, il y a un procès où finalement la vilenie du mari apparaît au grand jour, on lui restitue le bébé, les méchants s’en vont en Australie et tout finit bien.

    Mais l’histoire n’est qu’un prétexte pour décrire les tourments psychologiques de la jeune femme, l’accumulation de bassesses du mari, les difficultés pour une américaine de se faire une place dans l’univers anglais londonien, la montée de la pression, la descente aux enfers de la jeune femme, puis sa remontée, et les arcanes d’un procès « familial » en Grande Bretagne.

    C’est un pavé de près de 600 pages, et donc on ne s’ennuie pas.

     

    Néanmoins, ce n’est pas un grand livre, pour différentes raisons que voici :

    Tout d’abord, les « ficelles » du suspense apparaissent vraiment trop clairement : la jeune femme est la gentille et le mari est le méchant, et quand le méchant fait des grosses méchancetés, on se met à bouillir pour savoir comment il va être puni, car il ne peut en être autrement. Ensuite, tous les évènements sont décrits et s’enchaînent assez clairement, sauf deux d’entre eux dont on nous dit qu’ils sont très importants, mais qu’on ne nous dévoile qu’à la fin bien sûr. On voit que c’est un procédé pour nous tenir en haleine, ce n’est pas amené naturellement dans le cours du récit.

    Ensuite, la progression dans l’intrigue est cousue de fil blanc : les malheurs s’accumulent sur la jeune femme les uns après les autres, elle s’enfonce de plus en plus et a du mal à réagir ; puis, d’un seul coup, tout se met à aller de mieux en mieux, il n’y a plus que des bonnes choses qui lui arrivent, elle redevient une battante,  jusqu’à l’explosion finale à l’issue du procès. On voit que l’auteur a fait son plan comme ça, mais trop c’est trop : que du mauvais, puis que du bon….Ca descend, puis ça remonte, et les méchants sont punis.

    Et puis il y a des invraisemblances sur le plan psychologique, ou du moins des choses dans le comportement des gens qui sont curieuses, mais dont on ne nous dit rien : pourquoi le mari a-t-il épousé la jeune femme pour la tromper et ourdir les pires méchancetés même pas deux mois après, alors qu’on nous a décrit en détail la passion qui les a liés jusqu’alors ? Pourquoi n’a-t-il pas fait comme avec les autres, les engrosser et les laisser tomber ensuite ? Pourquoi ne pas divorcer et s’en aller, puisque de toute façon il n’en a rien à faire de son fils ? Pourquoi faire les choses aussi salement, sachant que ce qu’il a fait et qu’on nous montre est indéfendable devant un tribunal ? Et enfin, pourquoi l’auteur nous dit-t-il, au moins au début, que les arguments du mari sont absolument imparables et justifient clairement le retrait du nourrisson à sa mère, alors qu’il est assez clair qu’il n’en est rien ? Par exemple, le plus gros argument du père consiste à dire que la mère est dangereuse pour son enfant parce qu’elle a dit deux fois, pendant son hospitalisation pour dépression grave, qu’elle avait envie de tuer son enfant. Qui ne dit pas ça dans la vie courante, même sans dépression, quand un bébé hurle pendant des heures ? Ou alors il faut en déduire que les juges anglais sont de gros nuls pour prendre ça au pied de la lettre et n’avoir rien vu ou rien voulu voir. Quant au prétexte de partir avec le bébé pour faire plaisir à sa maîtresse en mal d’enfant, c’est quand même difficile à faire passer parce que ça ne concorde pas du tout avec ce qu’on nous a dit du caractère du mari jusqu’à ce qu’il passe à l’action, même si l’auteur a ménagé des zones d’ombre.

     

    Bref, un bouquin agréable à lire, mais qui sent le fabriqué à plein nez.

     

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  • Commentaires

    1
    lulette Profil de lulette
    Jeudi 15 Novembre 2012 à 19:09

    Douglas Kennedy, c'est un peu le Mary Higgins Clarke du roman psychologique ; au bout de deux livres, je voyais les ficelles. J'avais cependant bien aimé "L'homme qui voulait vivre sa vie", surtout parce que ça racontait bien comment laa notion d'identité individuelle est très floue aux Etats-Unis : on peut disparaître, changer d'identité avec une facilité assez déconcertante.

    2
    Jean-Jacques Profil de Jean-Jacques
    Vendredi 16 Novembre 2012 à 22:55

    C'est vrai que chez cet auteur c'est un peu toujours le même livre qu'il écrit !

    Il n'y a que "Cul de sac", son premier bouquin je crois, qui est différent des autres.

    3
    lulette Profil de lulette
    Samedi 17 Novembre 2012 à 13:19

    Pffff, encore un livre à rajouter dans ma PAL (Pile à Lire), alors?!

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